Le « moment révolutionnaire », période de jaillissement des possibles, est un défi pour les sciences sociales. La difficulté consiste à analyser les comportements à l’oeuvre durant cette période sans les extrapoler ni les surinterpréter. À partir d’une observation participante dans deux quartiers populaires de Tunis en janvier 2011, sont étudiées ici les pratiques de groupes de jeunes hommes qui, après les luttes contre les forces de l’ordre, ont occupé de façon significative l’espace public et assuré l’ordre public – passant dans le même temps du statut de voyous à celui de héros. Ces nouvelles positions et postures dans leur quartier portent les germes d’un passage au politique. Pour autant, les registres de dénonciation convoqués par ces jeunes, qui expriment une critique acerbe des modalités concrètes de la redistribution, ne font pas forcément table rase des pratiques antérieures. C’est cette ambivalence des pratiques sociales émergentes que cet article se donne pour objectif de restituer.